« L’altitude des nuages garantit notre course à la vie »
Nuage n°5
le regard intègre la multiplicité des bleus
et s’enveloppe de beauté qui projette ses éclats
beauté dangereuse dans son aspect crénelé
l’énergie relève le défi de la lucidité
contre l’instabilité de l’air à l’étage moyen
l’éveil au matin ou au couchant désire autrement
la présence intrépide bourgeonne et frappe
l’extension verticale est la fabrique du manque
pénétrer dans les couches nuageuses exalte
les jouissances entourent les lumières du soleil
passer de caresse en caresse promène la mort
le passage à l’état liquide décidera des cris

Nuage n°6
l’attraction élève jusqu’à l’étage supérieur
l’air compressible accomplit ses révolutions
la plénitude de la beauté opère le détachement
voiles et filaments, longues robes de plumes blanches
le regard dans le jeu des formes exprime des béatitudes
les cristaux de glace soulèvent notre éternité rêvée
les vastes étendues murmurent un nom d’homme
la solitude est totale à l’endroit de l’extranéité
traverser ou conduire les eaux jusqu’à croire
la vérité objective éclate en un petit rond blanc
en haut à gauche la distorsion appelle la dissipation
l’altitude des nuages garantit notre course à la vie

Nuage n°7
se lancer à l’assaut de la mémoire
circuler parmi les courants d’air ascendants
instabilité et humidité créent la vie dans les formes
les souvenirs emplis de bulles convectives
immanquablement la mort passe et se propage
voir ton visage installé dans le cumulus bourgeonnant
de part et d’autre deux lumières aveuglantes
s’aimantent à ma langue pour transpercer
souffle brûlure trouble totalité
l’horizontalité soupèse le manque
sentir le passage d’un front froid sur ma nuque
courir à toutes jambes au creux de la perte

Comme la vague écumeuse toujours recommencée, ce sont les nuages qui inventent nos souvenirs, amours, châteaux, saisons, voyages, naufrages, bois flottés… C’est ainsi : l’esprit délivré des contingences terrestres, une poète et un peintre filent l’idylle inoubliable d’un moment de création, nuée de nuées qu’un miracle change en livre.
ainsi la création déborde et s’écoule sans cesse
Hubert Haddad
Laurine Rousselet | Bernard Moninot, Nuages, Éditions de l’Aigrette, 2026.
