febbraio, notte
Non come spine, ma davvero spine, una per ogni dito
ogni parola una spina, nel mese più breve dell’anno
un intero roveto premuto sul bianco della pagina.
Non il regale dolore del pensiero ma un castigo basso e crudo: dieci spine di cardo, dieci brevi losanghe infiammate nelle mani, l’inutile sfida dei ragazzi che al mare portano la scheggia di riccio dentro il piede, la carne trascinata con la sua punta di fuoco nero nel freddo delle alghe.
Antonella Anedda, Notturni, in Notti di pace occidentale, Donzelli Poesia, Donzelli Editore, 1999, page 50.
février, nuit
Non comme des épines, mais vraiment des épines, une pour chaque doigt
chaque parole une épine, au long du mois le plus court de l’année
une ronceraie entière pressée sur le blanc de la page.
Non pas la douleur régalienne de la pensée mais un châtiment bas et cruel : dix épines de chardon, dix brefs losanges enflammés transperçant les mains, l’inutile défi des enfants qui à la mer ont un piquant d’oursin dans le pied, la chair traînée avec sa pointe de feu noir dans le froid des algues.
Traduction inédite d’Angèle Paoli. Avec mes remerciements à Philippe Di Meo pour son aimable relecture et ses conseils.
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* Les Notturni ne sont pas présents dans l’édition française de Nuits de paix occidentale, L’Escampette Editions Poésie, 2008. Traduit de l’italien par Jean-Baptiste Para.
NUITS DE PAIX OCCIDENTALE
La force d’un livre comme Nuits de paix occidentale semble tenir à une tension toujours renouvelée entre un souci de réserve pudique, de loyale retenue, où le chant révèle sa part d’ombre et de silence, et un élan profond, une ardeur immédiate dans le don de soi, dans l’incandescente offrande de parole. Si les poèmes d’Antonella Anedda font penser à un tissu sans couture, mais brûlé ou lacéré par endroits, c’est qu’ils font place à la fois à la scène de l’intime et à la scène de l’Histoire, à l’élégie et à la tragédie, à la force nue de l’amour et aux forces armées de la violence. Leur modulation, idéalement continue et pérenne, n’en est pas moins soumise à d’implacables déchirures par la contingence ou les terribles lois de nécessité.
Jean-Baptiste Para, « Basse Lumière », avant-propos de Nuits de paix occidentale, L’Escampette Editions Poésie, 2008, page 5.
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