Tant que mes yeux pourront larmes épandre
A l’heur passé avec toi regretter,
Et qu’aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre
Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
Tant que l’esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre,
Je ne souhaite encore point mourir.
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,
Et mon esprit en ce mortel séjour
Ne pouvant plus montrer signe d’amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.
Louise Labé, Œuvres poétiques, Gallimard, Collection Poésie, 1983, page 122. Édition présentée, établie et annotée par Françoise Charpentier.
| LOUISE LABÉ ![]() Image, G.AdC ■ Louise Labé sur Terres de femmes ▼ → (dans la galerie Visages de femmes) le Sonnet II : « Ô beaus yeus bruns, ô regars destourne » → 25 avril 1566 | Mort de Louise Labé → Louise Labé, une carte à jouer ? (fiche de lecture sur l’ouvrage de Mireille Huchon : Louise Labé, Une créature de papier, Librairie Droz, 2006) ■ Voir | écouter aussi ▼ → (sur Vive voix) le Sonnet VII : « Je vis, je meurs », dit par Maria Casarès |
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