Il y a cinquante-cinq ans, le 15 février 1961, Balthasar Klossowski de Rola (Balthus) était nommé directeur de la Villa Médicis (Académie de France à Rome), pour une période de six ans, en remplacement de Jacques Ibert.

Balthus
Michelina endormie, 1975
crayon et fusain
sur papier « peau d’éléphant »
70 x 100 cm
Source
VENISE, NOVEMBRE 2001, RÉTROSPECTIVE BALTHUS AU PALAZZO GRASSI
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Rien de plus explicitement suggestif que les scènes d’intérieur de Balthus. Rien de moins érotiquement éloquent que ces pucelles aux jupes troussées ! Abandonnées à leurs rêveries envoûtantes ! Que ces femmes nubiles aux regards perdus et aux seins négligemment dénudés ! Que ces duos d’enfants impubères livrés à leurs jeux pervers ! Balthazar Klossowski de Rola ! Voilà bien à mes yeux l’un des peintres les plus troublants de la peinture contemporaine ! Encore bien souvent voué aux gémonies, tout comme le sont d’ailleurs les ouvrages de son frère Pierre Klossowski, dont
Roberte ce soir. Même si la rétrospective (fort riche) du Palazzo Grassi consacrée à Balthus était paradoxalement « bon teint » (mais muséographiquement plus exaltante que celle, étriquée, qui se tint, sept ans plus tard, à la Fondation Pierre Gianadda de Martigny).
Je me souviens, lors de la visite de l’exposition vénitienne, avoir été viscéralement bouleversée par une incontrôlable émotion ! Mais éclairée en moi-même et sur moi-même, comme par le faisceau imprévu d’une lumière fulgurante, jaillissant dans les méandres obscurs de mes labyrinthes intérieurs. Particulièrement devant
La Leçon de guitare ! Une révélation sur le moment aveuglante comme toutes les transgressions mises en pleine lumière par « la fonction exorcisante du simulacre » (plus fascinante encore – dans l’acception de Quignard – que les fresques de la Villa des Mystères de Pompéi). Une scène de gynécée qui traite (sourdement) des rituels initiatiques qui, dans la tradition d’Éleusis, accompagnent les jeux de totémisation de l’enfance. Loin, vraiment très loin, de l’ellipse, on est là en plein coeur du fantasme et des hiérogamies secrètes. Toutes choses qui me tiennent particulièrement à cœur, et comme en suspens au-dessus de l’abîme.
Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli
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