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Image, G.AdC
GRETA GARBO, LA FEMME FANTÔME
Sorti à Berlin le 18 mai 1925, La Rue sans joie (Die freudlose Gasse), film du réalisateur allemand Georg Wilhelm Pabst, est présenté en avant-première à Paris, au studio des Ursulines, le 21 janvier 1926, le jour même de l’inauguration de la salle (dans le public : André Breton, René Clair, Robert Desnos, Fernand Léger, Man Ray, …). Greta Garbo est célébrée par les surréalistes comme « la femme fantôme » des Chants de Maldoror et l’archétype de l’amour fou.
La Rue sans joie est un jalon important dans les annales du cinéma muet. En premier lieu parce que c’est ce film qui a révélé au grand public le visage de la « mystérieuse sphinge suédoise », Greta Garbo, née le 18 septembre 1905.
Après La Rue sans joie, l’actrice joue dans Le Torrent (1926), La Chair et le diable (1927) et Anna Karénine (1927). Mais sa carrière se confirme avec l’arrivée du parlant. En 1930, le public entend pour la première fois le son de sa voix dans Anna Christie, film de Clarence Brown. Et s’émeut de sa sensualité grave. La « Divine » est lancée par le slogan « Anna talks » (Anna parle).
Quant au film de Pabst, qui peint le destin d’une femme dans la Vienne des années 1920, il constitue un tableau d’époque. Et un document d’histoire. Socialement engagé, Georg Wilhelm Pabst appartient, tout comme Bertolt Brecht, au courant de la « nouvelle objectivité » (Neue Sachlichkeit) et préconise, tout comme lui, « l’effet de distanciation » (Verfremdungseffekt). Qui contribue à tenir le spectateur en respect par rapport à ses émotions, l’aide à ne pas s’identifier au destin des personnages et à surmonter son « aliénation » grâce au regard critique et « distancié » qu’il porte sur l’action narrative et filmique. Pabst rompt ainsi avec le romantisme de l’école expressionniste allemande. La Rue sans joie s’inscrit dans ce nouveau regard.
Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli


Sources iconographiques : site Garbo la Divine
Ce site a été créé à l’occasion
du centenaire de la naissance de Greta Garbo
(18 septembre 1905)
| LE VISAGE DE GARBO « Garbo appartient encore à ce moment du cinéma où la saisie du visage humain jetait les foules dans le plus grand trouble, où l’on se perdait littéralement dans une image humaine comme dans un philtre, où le visage constituait une sorte d’état absolu de la chair, que l’on ne pouvait ni atteindre ni abandonner. […] dans ce visage déifié, quelque chose de plus aigu qu’un masque se dessine : une sorte de rapport volontaire et donc humain entre la courbure des narines et l’arcade des sourcils, une fonction rare, individuelle, entre deux zones de la figure ; le masque n’est qu’addition de lignes, le visage, lui, est avant tout rappel thématique des unes aux autres. Le visage de Garbo représente ce moment fragile, où le cinéma va extraire une beauté existentielle d’une beauté essentielle, où l’archétype va s’infléchir vers la fascination de figures périssables, où la clarté des essences charnelles va faire place à une lyrique de la femme. » Roland Barthes, Mythologies, Éditions du Seuil, 1957 ; Collection Points Essais, 1970, pp. 65-66-67. ■ Voir aussi ▼ → le site www.greta-garbo.de (en allemand) → (sur Carnets d’une marraine) la Divine |
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