CXXXVI
« L’heur de notre heur enflambant le désir
Unit double âme en un même pouvoir :
L’une mourant vit du doux déplaisir
Que l’autre vive a fait mort recevoir.
Dieu aveuglé, tu nous as fait avoir,
Sans autrement ensemble consentir,
Et posséder, sans nous en repentir,
Le bien du mal en effet désirable ;
Fais que puissions aussi longtemps sentir
Si doux mourir en vie respirable. »
Maurice Scève, Délie, CXXXVI, Gallimard, Collection Poésie, page 127.
Édition de Françoise Charpentier.

Ph., G.AdC
XIII
« L’heur de mon mal, enflammant le désir,
Fit distiller deux cœurs en un devoir :
Dont l’un est vif pour le doux déplaisir,
Qui fait que Mort tient l’autre en son pouvoir.
Dieu aveuglé, tu nous a fait avoir
Du bien le mal en effet honorable :
Fais donc aussi que nous puissions avoir
En nos esprits contentement durable ! »
Pernette du Guillet, Épigramme XIII,
cité in Maurice Scève, Délie,
Gallimard, Collection Poésie, page 321.
Édition de Françoise Charpentier.
Ou dans Pernette du Guillet, Rymes,
Gallimard, Collection Poésie, pp. 39-40.
Françoise Charpentier écrit qu’on ne peut savoir qui répond à l’autre. Victor E. Graham, lui, dans l’édition Droz des Rymes, dit (page 21) que le poème de Scève est une réponse à l’épigramme de Pernette.
Hommage à tou(te)s les tourmenté(e)s « par un désir sans fin insatiable » et remerciements à Pascal Quignard (La Parole de la Délie, Mercure de France, 1974), pour nous avoir permis de partager les convulsions et douleurs de « Delie object de plus haulte vertu ».
| ■ Maurice Scève sur Terres de femmes ▼ → Le phénix (trois extraits de Délie) → Tant je l’aimai (extrait de Délie) ■ Voir aussi ▼ → Pernette du Guillet | Épigramme LIV (+ notice biographique) |
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