![]() Léon Bakst, Nijinski dans L’Après-midi d’un faune, 1912 |
Le 29 mai 1912 a lieu au théâtre du Châtelet, à Paris, la création mondiale de L’Après-midi d’un faune, première chorégraphie de Vaslav Nijinski, inspirée de l’églogue éponyme de Stéphane Mallarmé (1875). Sur une musique de Claude Debussy (Prélude à L’Après-midi d’un faune, 1892), sous la direction musicale de Pierre Monteux. Décors et costumes de Léon Bakst.
Interprétée par les Ballets Russes avec Vaslav Nijinski dans le rôle principal du faune et Lydia Nelidova dans celui de la nymphe, la première de L’Après-midi d’une faune suscite de vives réactions. Gaston Calmette, directeur du Figaro, jugeant le spectacle « pornographique », interdit la publication du compte rendu du chroniqueur Robert Brussel. L’affaire fait grand bruit.
[EXTRAIT]
Églogue
LE FAUNE
Ces nymphes, je les veux perpétuer.
Si clair,
Leur incarnat léger, qu’il voltige dans l’air
Assoupi de sommeils touffus.
Aimai-je un rêve ?
Mon doute, amas de nuit ancienne, s’achève
En maint rameau subtil, qui, demeuré les vrais
Bois mêmes, prouve, hélas ! que bien seul je m’offrais
Pour triomphe la faute idéale de roses.
Réfléchissons…
ou si les femmes dont tu gloses
Figurent un souhait de tes sens fabuleux !
Faune, l’illusion s’échappe des yeux bleus
Et froids, comme une source en pleurs, de la plus chaste:
Mais, l’autre tout soupirs, dis-tu qu’elle contraste
Comme brise du jour chaude dans ta toison ?
Que non ! par l’immobile et lasse pâmoison
Suffoquant de chaleurs le matin frais s’il lutte,
Ne murmure point d’eau que ne verse ma flûte
Au bosquet arrosé d’accords; et le seul vent
Hors des deux tuyaux prompt à s’exhaler avant
Qu’il disperse le son dans une pluie aride,
C’est, à l’horizon pas remué d’une ride
Le visible et serein souffle artificiel
De l’inspiration, qui regagne le ciel.
Stéphane Mallarmé, Poésies, Gallimard, Collection Poésie, pp. 58-59.
| ■ Voir aussi ▼ → (sur le site du CNDP) une fiche très documentée sur ce spectacle → (sur le site de l’Université de Gand) le texte intégral de l’églogue de Stéphane Mallarmé |
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