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Il y a cent-douze ans, le 19 décembre 1908, naissait à Schöneberg (près de Berlin) Gisèle Freund.
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LA GALAXIE DE GISÈLE FREUND
Amie de Sylvia Beach (Shakespeare and Company) et d’Adrienne Monnier (La Maison des Amis des livres), Gisèle Freund côtoie le Tout-Paris intellectuel qui fréquente les deux librairies de la rue de l’Odéon. Passionnée par les visages d’écrivains, elle les photographie. Combinant habilement perspicacité, justesse du regard et distanciation discrète. Elle photographie ces écrivains au naturel, le plus souvent dans leur intérieur, assis à leur table de travail, entourés de livres et écrits. « Dans l’atmosphère qui est la leur ». Une révolution pour la fin de ces années trente, où l’on en est encore aux portraits complaisamment retouchés des studios Harcourt. Parmi les plus célèbres de ces portraits, James Joyce évidemment… mais aussi Walter Benjamin (qu’elle rencontre régulièrement à la Bibliothèque de la Sorbonne), André Gide, Henri de Montherlant, Colette, Paul Eluard, Louis Aragon, André Malraux, Simone de Beauvoir, Samuel Beckett, André Breton, Jean Cocteau, François Mauriac, Jean-Paul Sartre… C’est chez Adrienne Monnier qu’elle publie, en 1936, la thèse qu’elle a entreprise sur l’initiative de Norbert Elias : La photographie en France au XIXe siècle (un sujet universitaire tout à fait incongru pour l’époque). Adrienne qui l’a aidée à mettre sa thèse en « bon français ». Adrienne encore avec qui elle organise en 1939 la première grande exposition du fonds de sa collection.
En Angleterre, James Joyce (à nouveau) ― qui fera l’objet d’une première de couverture de Time, le 8 mai 1939 ―, Vita Sackville-West, Georges-Bernard Shaw, T.S. Eliot se prêtent au jeu discret de son Leica. Mais c’est au portrait de Virginia Woolf que va la préférence de Gisèle Freund. Sans doute ce portrait traduit-il, plus et mieux qu’aucun autre, la complicité intellectuelle et émotionnelle qui lie l’artiste à son sujet. Et résume-t-il à lui seul l’esprit même de son travail : révéler le sujet photographique à lui-même.
EXIL, MAGNUM ET GLOIRE
Contrainte de fuir la France (après s’être réfugiée dans le Lot), Gisèle Freund s’exile en Argentine, grâce à l’entremise d’André Malraux. Accueillie à Buenos Aires par Roger Caillois et hébergée par la directrice de la revue littéraire SUR, Victoria Ocampo, elle fonde une association de soutien aux écrivains français « Solidaridad con los escritores franceses ».
De retour à Paris en 1946, Gisèle Freund effectue entre 1948 et 1954, pour le bureau parisien de l’agence Magnum (que viennent tout juste de créer Robert Capa et Cartier-Bresson), de nombreux reportages en Amérique du Sud, de Patagonie au Pérou en passant par l’Equateur, la Bolivie et le Brésil. En 1950, elle réalise sur Evita Peron un reportage qui déclenche un incident diplomatique entre l’Argentine et les États-Unis. La reporter se replie alors pendant deux ans au Mexique où elle est l’invitée de Diego Rivera et Frida Kahlo. Suspectée de communisme en pleine période de maccarthisme, elle est interdite de visa américain, et finit par être mise à la porte de l’agence Magnum par Robert Capa en personne, qui craint que soit compromise la création de l’antenne new-yorkaise de son agence.
Gisèle Freund poursuit cependant activement son activité de reporter de par le monde, et ne cesse de photographier que dans les années 1980, peu de temps après avoir été récompensée par le Grand Prix National des Arts pour la photographie. Et avoir réalisé le portrait officiel de François Mitterrand. Sur la demande expresse du Président.
Gisèle Freund meurt dans la nuit du 30 au 31 mars 2000, à l’âge de quatre-vingt-onze ans. Dans son appartement parisien de la rue Lalande (14e arrondissement, tout près de la rue Daguerre).
Parmi ses ouvrages les plus connus figurent :
• France (1945)
• James Joyce in Paris
• His Final Years (1965)
• Le Monde et ma caméra (1970)
• Photographie et société (1974)
Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli
| GISÈLE FREUND ![]() ■ Voir aussi ▼ → le site Gisèle Freund (Collection of Marita Ruiter | Galerie Clairefontaine) → (dans les archives de L’Humanité) « Gisèle Freund, notre mémoire littéraire » |
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