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Qui, dans le vaste monde des Lettres, se souvient de Marie de Vichy-Chamrond ? Mais qui, dans le vaste monde des Lettres, ne connaît pas la Marquise du Deffand (1696-7 ?-1780) ? La plus galante, la plus mondaine, la plus spirituelle des femmes du « Siècle des Lumières » ?
Contemporaine des philosophes et amie de Voltaire, Marie de Vichy-Chamrond, devenue Marquise du Deffand de La Lande par son mariage, fréquente mondains et galants. Divorce de son époux. Participe aux fêtes données par le Régent (dont elle fut, dit-on, la maîtresse). Et mène, à la cour de Sceaux, une vie libre et dissipée. Dont elle finit par se lasser.
En 1747, elle s’installe rue Saint-Dominique. Dans l’ancien appartement de Madame de Montespan, le couvent Saint-Joseph où elle tient salon. Et où se réunissent autour de D’Alembert, les esprits les plus éclairés de Paris. Marivaux, Marmontel, Turgot, Montesquieu, les Encyclopédistes (qu’elle ne porte pourtant pas vraiment dans son cœur !). Et Voltaire, qui lui rend une dernière visite en 1778. Entre-temps, pour combler le vide intellectuel et affectif que suscite en elle l’éloignement du plus caustique des philosophes, et le seul qui trouve grâce à ses yeux, elle entretient avec lui une correspondance ailée et fidèle.
Touchée par la cécité à partir de 1754, Madame du Deffand, « la plus morte des vivantes », a fait entrer à son service la très gracieuse et très rusée Julie de Lespinasse. Qui subtilise à son profit habitués et admirateurs de la marquise. Outrée d’avoir été ainsi trahie, Madame du Deffand se sépare de sa dame de compagnie. Qui ouvre à son tour salon. Où l’on retrouve Marmontel, Turgot … et d’Alembert. Le favori de la marquise jusqu’en 1764. Heureusement pour elle, en 1765, la marquise se prend d’une amitié passionnée pour Horace Walpole, homme de lettres et père du roman gothique. Auteur du célèbre Château d’Otrante. Mais aussi le plus original des dandys, le plus français des Anglais. Un proustien avant la lettre. Qui entretient avec l’épistolière une relation partagée entre expression des sentiments et réflexions philosophiques, analyses psychologiques et préoccupations existentielles.
Éprouvée par la vanité de la vie mondaine, gagnée par un ennui annonciateur du « mal du siècle » romantique, Madame du Deffand se console de ses désillusions à travers la vaste correspondance qui la tient étroitement liée à ses amis les plus chers : la duchesse de Choiseul, le président Hénault, Maupertuis, Voltaire et Walpole…
Éditée pour la première fois en 1865, la Correspondance de Madame du Deffand constitue une œuvre d’une grande originalité. Tant par la valeur de témoignage dont elle éclaire une époque que par son style incisif, enjoué et alerte qui caractérise le talent de l’épistolière. Autant de qualités qui confèrent à l’ensemble de ces lettres leur indéniable valeur littéraire.
Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli
| ■ Madame du Deffand sur Terres de femmes ▼ → 28 décembre 1765 | Lettre de Madame du Deffand à Voltaire → 5 octobre 1770 | Lettre de Madame du Deffand à Voltaire ■ Voir aussi ▼ → (sur Terres de femmes) 21 novembre 1694 | Naissance de Voltaire → (sur Terres de femmes) 13 octobre 1761 | Voltaire, Début de l’affaire Calas → (sur Terres de femmes) 30 mai 1778 | Mort de Voltaire |
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