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Le 15 avril 1900 paraît dans La Revue de Paris le poème « Bittô » d’Anna de Noailles, un des poèmes de prédilection de la comtesse, et qu’il lui arrivait très souvent de réciter en public.
![]() Comte Jean de Gaigneron (1890-1976) Portrait d’Anna de Noailles Huile sur toile Source (avec mes remerciements à mon amie Gabriella) BITTÔ […] « Voici qu’on voit venir, le soleil sur les yeux, La petite Bittô, la danseuse aux crotales ; La blancheur du chemin plaît à ses pieds joyeux Que la poussière brûle au travers des sandales. Son voile est de lin vert comme un nouveau raisin, Sa robe est attachée à son épaule frêle, La beauté du matin enorgueillit son sein Et son coeur est content comme une sauterelle. Ses boîtes de parfums et son petit miroir Font un bruit de cailloux au fond de sa corbeille ; Elle danse en marchant et s’amuse de voir Des bords de chaque fleur s’envoler des abeilles. – Ah ! Bittô, quel désir mène tes pieds distraits Aux dangereux sentiers de la campagne ardente ? D’invisibles Érôs habitent les forêts, Et des poisons subtils montent du coeur des plantes […] » Anna de Noailles, Le Cœur innombrable, poèmes, Calmann-Lévy, 1901.
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ANNA DE NOAILLES L’ORIENTALE ?
« Qualifiée ainsi dès l’enfance (« la Petite Assyrienne »), Anna de Noailles a rencontré en 1903 le rêve barrésien de l’Orientale et accepté de l’incarner (elle inspirera l’Oriente du Jardin sur l’Oronte). Mais comme femme et comme poète, elle ne doit pas y être enfermée. Par ses origines familiales, l’Orient commence au Danube : la Roumanie est présente au long de sa vie (en témoignent un « compliment » écrit en roumain à 9 ans ou un beau poème de 1929), même si le double héritage hellénique prédomine. Mais Anna de Brancovan naît, vit, étudie, aime à Paris. C’est la culture française qui lui révèle la Grèce antique, la Bible, Les 1001 Nuits ou les poètes persans. L’hellénisme du Cœur innombrable, nourri de l’Anthologie, rend déjà un son bien personnel : le poème « Bittô » érotise la nature. Après 1903, dans Les Éblouissements, « l’Asie », c’est Barrès, dont le nihilisme oriental influence Noailles, qui consent à être Grecque ou Persane. Mais quand il veut voir en elle l’Orientale « défaillante », elle résiste et préfère la Grèce héroïque et voluptueuse. À l’incitation de Barrès, elle voyage, voit la Sicile à défaut de la Grèce, mais ne se laisse pas entraîner en Égypte ou en Asie mineure (il ira seul). Pour elle, nul vrai besoin d’un « Voyage en Orient » (comme l’ont fait Chateaubriand, Nerval, Loti) : son Orient n’est pas l’actuel, mais le légendaire. C’est une quête d’identité, un moyen de « multiplier son cœur » (elle est Nausicaa, Cléopâtre, Shéhérazade, l’adolescente chinoise, et tant d’autres…). L’Orient est toujours au-delà de l’Orient. Si elle étend sa patrie jusqu’aux confins de l’univers, elle situe aussi son commencement aux origines. Son don d’ubiquité embrasse l’espace et le temps »
(Claude Mignot-Ogliastri [Source]).
* Cet article de 1903 a été inséré en 1905 dans L’Avenir de l’intelligence [L’Avenir de l’intelligence, suivi de Auguste Comte, Le Romantisme féminin, Mademoiselle Monk, Albert Fontemoing éd., 1905 ], l’édition Flammarion de 1927, que signale une bibliographie Anna de Noailles de l’Académie Renée-Vivien, n’étant qu’une réédition de l’édition Fontemoing de 1905 (à laquelle a été ajoutée L’Invocation à Minerve).
ANNA DE NOAILLES![]() Image, G.AdC ■ Anna de Noailles sur Terres de femmes ▼ → [Si je n’aimais que toi en toi] → 30 mai 1901 | Récitation de « L’Offrande à la Nature » d’Anna de Noailles par Sarah Bernhardt → 21 juin 1927 | La comtesse Greffulhe et Anna de Noailles → 30 avril 1933 | Mort de Anna de Noailles → (dans la Galerie Visages de femmes) le poème « Plainte », extrait du recueil Le Cœur innombrable ■ Voir aussi ▼ → le site Anna de Noailles de Catherine Perry → le site Marcel Proust (en italien) de Gabriella Alù (portraits d’Anna de Noailles) → une notice bio-bibliographique d’Anna de Noailles sur le site de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, dont elle a été la première femme élue |
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