![]() Source ANC IEU NON L’AIC, MAS ELA M’A
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JE NE L’EUS JAMAIS MAIS LUI M’A !
Je ne l’eus jamais mais lui m’a !
Amour, toujours à son pouvoir,
Me rend triste, gai, sage et fou
Comme quelqu’un qui tout accepte,
Car mal se défend qui aime ;
Amour commande
Qu’on le serve et le flatte
Ainsi j’attends,
Souffrant,
Le beau destin
Quand il m’écherra.
Je dis peu ce que j’ai au cœur
Car la peur rend tout craintif ;
La langue feint, mais le cœur veut
Ce dont il jouit en souffrant ;
Mais ne s’en plaint nullement
Dans tout l’espace
Dont la mer ceint la terre
Il n’est si beau
Présent
Que mon élue
Que j’ai désirée.
Je sais qu’est si sûr son mérite
Que je ne puis en voir une autre ;
Et tant fais que mon cœur a mal,
Car du levant jusqu’au couchant
Je n’ose dire ma flamme
Le cœur me brûle
Mais les yeux ont leur dû,
Car seulement
La voir
M’est concédé
Et me tient en vie.
Fou est qui peut parler en vain
Veut que sa joie soit sa douleur !
Car les fâcheux que Dieu maudisse
N’ont pas la langue si ornée :
L’un conseille et l’autre brame
Et se renie
Amour pour grand qu’il soit,
Mais je proteste
Et feins
De les entendre
Et j’aime sans faute.
Elle me tient joyeux et sain
Par la grâce qu’elle m’accorde
Et qui ne me sort pas du cœur
Tant je crains qu’elle soit fâchée.
Je sens encore la flamme
Mais l’amour mande
De ne pas me trahir :
Ce que je fais
Craignant
Que par rumeurs
Maint amour ne se brise
D’autres chants légers et faciles
J’aurais faits si m’eût secouru
Celle qui donne peine et joie ;
Quand je suis gai elle m’attriste
Et suis à son bon-vouloir
Rien ne demande
Ce cœur qui ne la trompe,
Et franchement
Se rend :
Donc, si m’oublie,
Merci est perdue.
Que bien t’accueille
Chanson,
Mon Mieux-que-bien,
Arnaut lui n’oublie.
Arnaut Daniel, Fin’amor et folie du verbe, édition bilingue occitan-français, éditions fédérop, Collection “Troubadours”, 2012, pp. 60-65. Introduction et traduction de Pierre Bec.

| ■ Arnaut Daniel sur Terres de femmes ▼ → Ongle et oncle d’Arnaut Daniel (sextine) ■ Voir aussi ▼ → (sur le site des éditions fédérop) une page sur Arnaut Daniel (+ une autre sur Fin’amor et folie du verbe) |
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