|
[MÊME SI CELA NE SERT À RIEN]
à deux heures de lundi elle et lui : deux silences à même la table. même si cela ne sert à rien quelque chose murmure retient l’oubli quelque chose veut combler l’absence là où ils ne sont jamais allés quelque chose ne peut plus ne demande rien quelqu’un est plus lourd que le vide. il y a dans la pièce des bruits qu’on ne comprend pas. on entend les coups de pluie contre la porte. la beauté d’un nuage mendie le ciel le cœur en attente quelqu’un brûle l’unique lettre d’amour et part en plein milieu d’une phrase. là le cri du sirli s’attache à la lueur du désert et à ce qui tient de légèreté dans le passage ou le revers du sable entre les jambes pour que la phrase indéchiffrable s’efface lentement dans la courbure de la dune. ils ne reviendront pas. et si l’orage vient de refermer la porte ce n’est pas sans les mots d’abandon d’un corps à l’autre leur ombre mêlée deux ailes oubliées sur le linge blanc. est-ce donc cela le déliement l’espace sans appui de corps le calme qui n’a plus peur d’en rester là. Erwann Rougé, Proëlla, éditions Isabelle Sauvage, Collection présent (im)parfait, 29410 Plounéour-Ménez, 2020, pp. 46-47. ![]() |
ERWANN ROUGÉ![]() Ph. Michel Durigneux Source ■ Erwann Rougé sur Terres de femmes ▼ → Proëlla (lecture d’AP) → [la brûlure a une odeur de fleuve] (extrait de L’Enclos du vent) → [on ne fait qu’écrire] (extrait de Voa, Voa) → Passerelle, Carnet de mer (lecture de Sylvie Fabre G.) → [quand le ciel est ainsi] (extrait d’Étais de Jean-François Agostini) ■ Voir aussi ▼ → (sur le site des éditions Isabelle Sauvage) la fiche de l’éditeur sur Proëlla d’Erwann Rougé → (dans la poéthèque du site du Printemps des poètes) une fiche bio-bibliographique sur Erwann Rougé |
Retour au répertoire du numéro d’octobre 2020
Retour à l’ index des auteurs
» Retour Incipit de Terres de femmes

Laisser un commentaire