TdF - La revue de poésie et de critique d'Angèle Paoli

Terres
de Femmes

Anne Sexton | Lettre d’amour écrite dans un immeuble en feu

Publié le :

22 avril 2026

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LA FÉROCITÉ DE LA FÉMINITÉ

Je tournoie,
je tournoie sur les lèvres,
ils retirent mon ombre,
le fantôme de mon passé,
ils ont inventé un calendrier de langues
qui accapare toute mon attention.
Là où il n’y a pas de chambre.
Pas de lit.
L’horloge ne fait pas tic-tac
sauf quand elle vibre au rythme de mes 4000 battements,
et là où il était absent,
tout est deux,
se touchant comme un chœur de papillons,
et comme l’océan,
poussant vers la terre
et reculant
et poussant
avec un besoin qui galope
sur toute ma peau,
hurlant sur les récifs.

Je détricote.
Des mots s’envolent en tous sens
et moi, loin dans le désert,
je bois et bois
et baisse poliment la tête face à cette prairie,
ce sein, ce melon dedans,
et puis sa fleur enivrante.
Nos mains qui se caressent,
les tétons comme des étoiles de mer –
nos lèvres s’aspirant au sein d’anneaux insensés
jusqu’à ce qu’elles se changent en bulles,
nos doigts aussi nus que des pétales
et le monde qui palpite sur une balançoire.
Je soulève mon pelvis vers Dieu
pour qu’il connaisse la vérité
des fleurs qui traversent avec peine un long hiver.

Anne Sexton, « IV. Manger les restes », in « 45, Rue de la Miséricorde », Lettre d’amour écrite dans un immeuble en feu, « Œuvres poétiques posthumes (1976-1979), derniers poèmes e textes inédits », Avant-propos de Linda Gray Sexton, Traduction de l’anglais (États-Unis) par Sabine Huynh, En couverture Anne Sexton © Arthur Furst, des femmes Antoinette Fouque 2026,pp. 108,109.

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