
Sur l’air « Nán gēzi »
Dans le ciel, la Rivière d’étoiles gravite, *
sur la terre, stores et tentures sont tirés.
Mon oreiller et ma natte sont froids et pleins de traces
de larmes.
Tout en dénouant mon vêtement de soie, je me demande
comment sera la nuit.
Vert jade, les petites capsules de lotus appliquées,
or bruni pour les rhizomes et les feuilles clairsemées.
Comme avant, le temps, comme avant, mes vêtements.
seuls mes états d’âme ne sont plus
comme avant.
*- Le chinois dit « Rivière d’étoiles » pour la galaxie qu’en Occident on appelle couramment « Voie lactée. Dès la haute antiquité, celle-ci a été représentée en Chine comme le point de suture des deux hémisphères, qui réunit et forme la sphère céleste, les objets célestes qui la composent se mouvant selon les parcours circulaires soumis à la gravitation.
LI Qingzhao, Le chant du vent et de la lune, Peinture de Song Huizong, Poèmes traduits du chinois par Danièle Faugeras et Joanna Maguire-Charlat.
Po&psy extenso, éditions Erès 2026, pp.82-83

LI Qingzhao (1084-1155) est universellement connue comme la plus grande poète chinoise de tous les temps. Adepte du « poème à chanter » … elle s’en distingue par une thématique originale liée à son histoire propre intériorisée avec lucidité, par une capacité à saisir l’instant à travers les détails concrets d’un quotidien intensément éprouvé, par un langage éclaté qui remet en jeu le rapport entre dit et non-dit, action et non-action, et, en fin de compte, sujet et objet. Ce recueil rassemble, en version bilingue, les poèmes communément attestés de la main de LI Qingzhao qui sont parvenus à l’époque contemporaine à travers les vicissitudes du temps et de l’Histoire .

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