28 janvier 2026 I Mort de la poète Vénus Khoury-Ghata

En hommage, ce poème
Le soir devenait volubile
On nous prêtait une fenêtre sur un fragment du monde
Nous étions la maison et le chemin qui menait à la
maison
La mère déplaçait la porte à chaque passage du train
et chaque procession vers le cimetière
la terre restait la même malgré les morts qu’on y enterrait
On les pleurait ensemble
on riait séparément
la mère aspergeait le seuil avec de la suie alors qu’elle
n’avait plus de marmite
Ses ustensiles s’éloignèrent d’elle après la défection du
dernier visiteur
J’essaie d’imaginer son départ et ne trouve que rature
sur un cahier
Vénus Khoury-Ghata, « Où vont les arbres ? » in Les mots étaient les loups, Poèmes choisis, Préface de Pierre Brunel, Poésie /Gallimard, 2016, p.168

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