
Ph. Angèle Paoli « Dansant le soir elles dansent la gravité… »
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Je vais les lire, ces vagues, j’ai commencé.
Comment ? Jusqu’où ?
Les dire.
Alors, aussi l’affût, la dilatation. Le miracle de chaque
oiseau. Chaque oiseau chaque vague chaque lumière
parfaitement là.
Contenue la douleur, contenus les mots de face
du corps échoué, c’est entrer dans l’instant aigu. Et
même s’il ne reste que les sentiers balisés, le lieu
est ouvert, accueillant parfois, parce que je sais y être
pleinement, parfois. Instants parfaits instants aigus,
aiguisés de pleine présence.
C’est de ça qu’il s’agit. J’y suis, je suis là. Et dans
l’aigu ici le passé est présent comme le présent. L’aigu
n’oublie pas. Incisif mais infiniment mobile, contraire
à l’engourdissement, au vieillissement du corps.
Contraire au vertige paralysant.
Parce que le face à face m’échoit, c’est moi et moi.
Parce que l’accident dans la tête, le risque intime, le
corps est ce risque et la tête aussi, les excès, intimes aussi.
Faire avec ça et sans cesse s’en préserver.
Et les autres.
C’est l’ivresse. La vie risquée, déséquilibrée, et encore
l’insatiété, mais la porosité.
L’ivresse. Instable, fragile. Éphémère. Mais l’instant aigu.
L’à-vif.
Le papillon à la lueur de la lampe. Puissance, intensité
du leurre. Ces moments où il n’y a plus de nouvelles
heures, et plus ces demains hypothétiques.
La plénitude, la grâce et la puissance de l’instant,
l’abandon.
C’est danser la part manquante.
Comme le corps tremble.
Dansant le soir elles dansent la gravité : la force
et la profondeur de ces jours qui les unissent en les
laissant seules parfaitement.
Isabelle Sauvage, fractales, éditions ] isabelle sauvage, collection présent (im)parfait, 2026, pp. 48-49.

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