
« J’arrive trop tard »
J‘arrive trop tard,
D’autres temps m’ont précédé et des rivages
Et leur écume.
Ici l’huître perlière s’endort en sa blessure,
Les cloches rouillées signent
Le ciel
Et demandent aux lieux témoignage :
« Ceux qui viennent d’où naît le soleil
Sont-ils des dieux ou des assassins ? »
Les conquérants précipitent du haut
De leur stupeur les nouveau-nés
Tout juste baignés par leurs mères.
Ils resplendissent d’or
Sans souci des corps déchirés.
Ils portent leurs chandeliers nocturnes
Comme des poignards.
Leurs autels, leurs statues de plâtre
S’élèvent vers des soleils apprêtés pour le sang.

J‘arrive trop tard,
Après l’écume qui révèle la trace des morts
Sur le sable.
Ni les arbres ne me connaissent ni le condor
Planant.
Mais moi je le sais :
Le palmier bleu est centre de la terre,
L’aube navigue sur la rosée,
La rosée est liqueur de femme,
La cascade, le saut des anges.
Que dit l’eau,
Que rapporte la pierre
Et l’herbe sur laquelle ils ont traîné les corps ?
Ah si la brise surgie des profondeurs
Pouvait raconter !
Il y a toujours des continents inexplorés,
Un sang qui ne coule pas encore,
Un or au-delà de l’or.
Issa Makhlouf, Dis-moi, aube, traduit de l’arabe (Liban), Voix Vives de Méditerranée en Méditerranée, Al Manar, 2026, pp. 34, 35, 36, 37.


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