
« Et soudain le jour se lève. »
V
« Llévame al bosque.
Coge esa rama seca y úsala
como cayado, esa corneja
será tu guía. »
Y sin sentir los pies empecé a andar
VI
« Debo aprender a soportar
el frío y el silencio, la violencia
y la angustia, la desinformación
y el olor a podrido de las sobras
del futuro perfecto », me decía
a mí mismo, intentando no caer.
« Debo aprender a ver solo la tierra,
el pedazo de tierra que sostiene
cada paso que doy bajo el sol, sol
que llevas tras de ti toda la noche
que tienes por delante », me decía,
porque pesabas tanto como el mundo.
XIII
Quizá no estamos,
cada uno de nosotros,
sobre el corazón de la tierra, solos,
atravesados
por un rayo de sol.
Y negra, violenta y helada,
como el corazón
de una aguja clavada
en el corazón,
es la esperanza.
XIV
Y de pronto amanece.

V
« Emmène-moi à la forêt.
Prends cette branche sèche et utilise-la
comme houlette, cette corneille
sera ton guide. »
Et sans sentir mes pieds j’ai commencé à marcher.
VI
« Je dois apprendre à supporter
le froid et le silence, la violence
et l’angoisse, la désinformation
et l’odeur de pourriture des restes
du parfait avenir », je me disais
à moi-même, en tentant de ne pas tomber.
« Je dois apprendre à ne voir que la terre,
le morceau de terre qui soutient
chaque pas que je fais sous le soleil, soleil
que tu portes derrière toi toute la nuit
que tu as devant toi », je me disais,
car tu pesais autant que le monde.
XIII
Peut-être ne sommes-nous pas,
chacun d’entre nous,
sur le cœur de la terre, seuls,
traversés
par un rayon de soleil.
Et noir, violent, glacial,
tel le cœur
d’une aiguille enfoncée
dans le cœur
est l’espoir.
XIV
Et soudain le jour se lève.
Abraham Gragera, Wintermärchen, traduit par Inès Saintier, Cahiers de l’Approche, Cuadernos del Acercamiento, pp. 6, 7, 18, 19.
Note de l’éditrice : Le cycle Wintermärchen, inédit en français, a été publié dans La domesticación (Pre-Textos, Valence, Espagne, 2025).

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ABRAHAM GRAGERA Abraham Gragera (Madrid, 1973) est d’Estrémadure, de Montijo (Badajoz) et vit à Malaga. Il a publié les recueils suivants, tous aux éditions Pre-Textos : Adiós a la epoca de los grandes caracteres (2005), El tiempo menos solo (2012), pour lequel il a reçu le Prix « El Ojo Crítico » de RNE (Radio Nationale Espagnole), et O Futuro (2017), Prix du meilleur livre de l’année, octroyé par la Corporation des Libraires de Madrid, et Prix de la Critique de Madrid, et La domesticación (2025). Il a traduit Louise Glück, W.S. Merwin, Emily Dickinson, Pascal Quignard, S.J. Lee et Anna Swir, et d’autres auteurs. En 2022, la maison d’édition allemande Carl Hanser Verlag a publié une anthologie considérable de son œuvre, Die weniger einsame Zeit, sous la direction de Piero Salabè. En 2023, il a été finaliste du Prix International de Littérature Zbigniew Herbert. INÈS SAINTIER Née à Toulouse en 1996, Inès Saintier est enseignante, formée en philologie hispanique et en traduction littéraire. Après un double master, entre Toulouse et Séville, et deux mémoires de recherche en civilisation et littérature médiévale, elle obtient l’agrégation d’espagnol et s’installe à Brest. Elle exerce actuellement dans le département d’espagnol de l’Université de Bretagne Occidentale (UBO) et réalise des traductions en parallèle de son travail d’enseignante. À un niveau plus artistique, elle dirige une troupe de théâtre amateur et étudiant qui représente des œuvres hispanophones au sein de l’université. |
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