Portraits de femmes
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Tournée vers l’intérieur, Cécile se détourne du monde auquel elle a appartenu. Pourtant, derrière cette apparente volonté d’effacement, quelque chose de décidé transparaît. Contraste. Corps fléchi dans l’abandon et bras tendus. Un ordre s’exprime, qui passe par les mains. Posées côte à côte. L’index de la main gauche pointé vers une direction inconnue. La main droite, plus alanguie, trois doigts doucement dépliés.
Présent avec d’autres artistes au moment de l’identification de la dépouille de Cécile (1599), le sculpteur Stefano Maderno (frère de l’architecte Carlo Maderno) a représenté la sainte dans la position qui était la sienne au moment où elle fut retrouvée. Bouleversé par cette exhumation, l’artiste, jouant sur de subtils contrastes, s’est attaché à mettre en relief certains détails. L’entaille dans la chair tendre du col que l’épée n’a pas réussi à trancher ; la chasteté ― âprement défendue par Cécile ―, symbolisée par l’extrême simplicité ― pureté ― de la robe et de son drapé; la foi de Cécile. Foi dans la Trinité et dans l’Unité. Mystère de la foi de Cécile.
Ardemment recherchée, la dépouille de Cécile ― vierge et martyre de l’époque de l’empereur Alexandre (223) ou de Marc-Aurèle (220) ― a été retrouvée dans les catacombes de Saint-Callixte et transférée en 821 ― sur les ordres du pape saint Pascal I ― dans le Trastevere où a été édifiée la basilique qui lui est consacrée.
Étonnante de modernité, la Cécile de Maderno (1600), premier grand témoignage de la statuaire baroque, émeut et trouble. Belle mystérieuse, voilée ― dévoilée ― révélée.
Angèle Paoli
D.R. Texte angèlepaoli
Reportage photographique, G.AdC

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