
Wikipedia, John Constable, Landscape
Dame Felicity Lott
Le soleil est doux, le pond* enchanteur, les moutons paissent.
Nous sommes revenus le lendemain matin d’une représentation d’un magnifique Peter Grimes à Glyndebourne. Nous avions respecté tous les codes du festival. Pique-nique sur l’herbe au bord de l’eau, nappe blanche, argenterie, robes longues et smokings, Pim’s durant les entractes, une vie légère entre les gouttes.
Le paysage de Glyndebourne est un Constable et nous voulions le voir de jour. Nous nous sommes faufilés et avons pu nous promener à notre guise avec un sentiment de paix intérieure et le plaisir d’une petite transgression. Nous avons cru à notre bonheur. Les beaux arbres, le silence de l’eau, la douceur des choses avec à l’oreille toujours ce « Prend garde à »
Assis au pied des chênes, pieds nus, nous mangeons des sandwiches achetés à Lewes, délicieux et typique village du Sussex, non loin d’ici. La houle des moutons se déplace et nous décidons de marcher un peu.
Un chant admirable s’élève. Une voix d’ange, soprano, et nous nous laissons guider comme dans un conte. Dame Felicity Lott en robe de coton, pieds nus elle aussi, chante pour elle-même et pour la beauté du lieu. Nous nous cachons, émerveillés, et écoutons cette exceptionnelle artiste qui célèbre la vie, l’eau, le ciel.
Elle ne saura jamais, sauf peut-être par ces lignes, qu’elle a chanté pour nous durant une petite heure, dans sa petite robe simple, avec ses cheveux épars, sans maquillage.
Un miracle dans nos vies hâtives.
Nathalie de Baudry d’Asson, « Dame Felicity Lott » in Miniatures & Pointes sèches, Préface de Marc Lambron de l’Académie française, Éditions La Trace, 2025, pp. 31, 32.
*étang
Felicity Lott sings Mozart — Eloquence Classics


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