
Patrice Delory, Stylite I, Acrylique sur papier, Arches, 66 x 102 cm
« faire de la clarté… du soir une eau pour étancher sa soif »
Stylite I
Le sang de Dieu est encore chaud dans ses veines et s’il prie, c’est pour le salut de son âme, pour façonner dans l’air et pour le vent un flanc où s’appuyer, pour faire de sa solitude une parure qui l’habille et protège sa nudité,
pour écrire avec les nuages des mots qu’on peut lire dans toutes les langues et laver la lumière, faire de la clarté de l’aube une hanche qui lui sourit, et de celle du soir une eau pour étancher sa soif.
S’il prie, c’est pour fatiguer sa salive à force de prières, pour épuiser ses lèvres et les reposer dans l’azur, que sa lassitude devienne en un instant soleil et en un instant lune,
pour balayer ses yeux dans sa poussière et créer des Satans innombrables avec lesquels il peut rivaliser, sans être fou ni égaré, dans des joutes improvisées où se croisent sans triompher enfer et paradis,
et pour demander à la mort s’il s’aime encore trop lui-même en refusant de lui céder.

Patrice Delory, Stylite II, Acrylique sur papier, Arches, 66 x 102 cm
Stylite II
Il prie pour s’arracher du cœur le dard d’un très secret orgueil, un poison insidieux, qui l’incite à penser qu’il pourrait essuyer les vitres de son âme, les nettoyer de leurs souillures en libérant la terre du fardeau de son corps, n’y laissant que le maigre fagot de ses os, et son crâne nu que l’on brandirait comme une réplique,
qui l’incite à penser encore que le monde s’étend alentour comme s’étend la lèpre, mais que du haut de sa colonne il accompagne le printemps en marche et qu’il saurait emprisonner le ciel dans le seul cadran de ses yeux, cuire le mensonge et le mal dans le chaudron de ses paroles, leur donner le pouvoir de rendre, encore plus qu’il n’est, le monde obscur et enchanteur, changeant, malade et dangereux, pour enseigner aux hommes le dépassement.
D’entre ses murmures parfois monte, lui semble-t-il, un chant limpide d’alouette, et la nuit un chant de grillon, et il se dit alors qu’il a su donner à ses mots un parfum d’anémone, qu’il serait temps de se coudre les lèvres, de se clore comme un tronc d’arbre sur la paix lumineuse de son aubier.
Michel Diaz, Patrick Delory, Le souffle du sacré, postface Claude Louis-Combet, Éditions Unicité, 2026, pp. 87, 88, 89, 90.

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