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[LA RATURE,
ACCOUPLÉE À LA JOUISSANCE D’ÉCRIRE]
La rature, accouplée à la jouissance d’écrire, témoigne, érectile en sa poigne, de l’infernale demeure où qui s’écrit, déjà mort, n’est pas encore de ce monde. Peut-être est-elle toujours hantée de ce désir double de qui ne cesse d’aimer ce qu’il écarte, ne cesse d’écarter ce qu’il aime, parce que lui-même écart, lui-même en proie à la rature. Joyce raturant et raturant les épreuves d’imprimerie, réécrivant, ne cessant d’écrire, ajournant le livre, son poids de plomb, sa mise au marbre.
La rature dit que ça tâtonne, que ça erre, que ça hésite, que ça cherche, que ça tombe, se relève, s’impatiente, dit qu’il y a du jeu et de la marge là où ça s’engage. La rature montre ce que ne montre pas le mot écrit, la rature montre la solitude de ça.
[…]
La rature, dans la pratique que nous en avons, apparaît toujours
suivant l’écriture,
coup après coup, alors qu’elle en est l’énergie de la naissance. C’est de la première rature que pouvait émerger l’écriture. C’est dans son geste qu’a lieu la gestation de l’écriture, dans son geste que l’écriture continue d’advenir au monde de la nuit.
Rature est l’un des petits noms du
chaos.
Jacques Roman, le dit du raturé/////le dit du lézardé, Éditions Isabelle Sauvage, 2013, pp. 24-25-26-27.